Chroniques

Guide de films à voir en famille!

par 24 images

Le nouveau numéro de 24 images vient de paraître, avec un copieux dossier consacré aux imaginaires du cinéma pour enfants. Ce dossier est complété par un guide de 50 films essentiels à découvrir ou revoir en famille, des années 1930 à nos jours. À titre d’aperçu, nous vous offrons ici une petite sélection de textes tirés de cet index bien pratique pour initier les plus jeunes à la cinéphilie! Vous pouvez commander votre exemplaire du numéro directement sur notre site, par ici.

Pour découvrir comment voir ces films en ligne, nous vous conseillons l’outil Où voir ça? :

THE WIZARD OF OZ
Victor Fleming / États-Unis / 1939

Comme les contes de Perrault, The Wizard of Oz est, paraît-il, un terrain fertile pour les interprétations psychanalytiques. Mais c’est avant tout un produit exemplaire de l’âge d’or du cinéma de studio, très explicitement signé MGM dont ce fut la production la plus coûteuse à l’époque. C’est aussi le triomphe du Technicolor, dont les couleurs saturées arrivent avec la tornade qui va changer la vie de Dorothy et la transporter dans «a place where there is no trouble», c’est-à-dire « over the rainbow ». Tout est possible dans cet univers onirique où la jeune fille retrouve les personnages de son quotidien habillés de leurs traits de caractère les plus évidents. Film culte depuis plus de 80 ans, The Wizard of Oz est célèbre pour ses nombreux effets spéciaux, aussi bien que pour ses chansons, notamment celles interprétées par Judy Garland. – Robert Daudelin

THE LIVING DESERT
James Algar / États-Unis / 1953

Filmer des animaux dans leur habitat naturel, manipuler le réel en forçant la dramaturgie: Walt Disney, l’homme, en avait rêvé… et il l’a fait. Le résultat était alors un tout nouveau type de divertissement : une expérience de cinéma zoologique où la science devenait fiction (et vice versa), au profit d’un émerveillement fabuleux pour aventuriers et explorateurs de tous âges. Oscar du meilleur long métrage documentaire, Prix spécial du jury au festival de Cannes, premier titre de la collection True-Life Adventures, The Living Desert est un voyage sublime filmé au ras du sol dans les déserts du sud-ouest américain. Danses de séduction des scorpions, musaraignes téméraires qui se jouent des serpents à sonnettes, course éperdue d’un lynx chassé par des sangliers, combat célèbre entre une guêpe noire et une mygale: soyez-en sûr, impossible après cela de ne pas chérir le monde qui nous entoure. – Julien Fonfrède

PEAU D’ÂNE
Jacques Demy / France / 1970

Rien ne ressemble au cinéma de Jacques Demy, et c’est ça qui le rend si merveilleux. Sans aucun doute l’adaptation la plus marquante du conte de Charles Perrault, Peau d’âne est le premier film à regarder, enfant, pour aborder l’univers du cinéaste. Demy y joue le jeu du conte: Catherine Deneuve est la plus belle des princesses, ses robes couleur du Temps, de Lune ou du Soleil sont irréelles, la fée a bel et bien une baguette magique et les gâteaux se font (presque) tout seuls. Mais le cinéaste ne se contente pourtant pas d’une plate mise en images. Il ajoute une saveur pop, une pincée d’anachronisme, une bonne dose d’humour, des touches surréalistes et un souffle de fantaisie, déjouant avec brio les conventions. Loin d’édulcorer l’histoire, il assume la part d’étrangeté propre aux contes et transcende les aspects les plus sombres de l’intrigue à travers des chansons inoubliables. – Apolline Caron-Ottavi

LE ROI ET L’OISEAU
Paul Grimault / France / 1980

En 1953, Paul Grimault réalise La bergère et le ramoneur d’après Andersen sur un scénario de Jacques Prévert. Ce premier film d’animation français destiné aussi bien aux enfants qu’aux adultes est un échec commercial. Le cinéaste retravaille ce matériau en 1980 sous le titre Le roi et l’oiseau. Le film est aujourd’hui un grand classique qui surprend par l’intemporalité de ses thèmes (dictature, lutte des classes, amour et émancipation) et la modernité de son univers graphique (Miyazaki s’en inspirera pour son Château dans le ciel). Avec ses dessins peints à la gouache et son onirisme empreint de poésie, il offre une version décalée du conte d’origine en mettant en scène une ville-monde à la verticalité oppressante (hommage au Metropolis de Fritz Lang, on pense aussi au peintre Chirico) qui devient le lieu de toutes les tyrannies. La musique de Wojciech Kilar et les chansons de Kosma et Prévert ajoutent au charme troublant de cet incontournable dont la violence symbolique, avec son géant de fer, annonce les dystopies des temps modernes. – Gérard Grugeau

THE DARK CRYSTAL
Jim Henson, Frank Oz / États-Unis / 1982

Magnifique exemple du fait que, dans les années 1980, on ne craignait pas d’effrayer les enfants, le film de « dark fantasy » entièrement réalisé avec des marionnettes The Dark Crystal brille tant par sa création révolutionnaire d’animatroniques que par sa riche esthétique faisant preuve d’une imagination et d’un sens du détail à couper le souffle. Réunissant quatre ans avant Labyrinth les réalisateurs Jim Henson et Frank Oz et l’illustrateur Brian Foud, connu pour ses dessins de fées, le film s’éloigne des collaborations précédentes d’Oz et Henson sur The Muppet Show pour revenir aux côtés sombres des contes des frères Grimm, jugeant «qu’il n’est pas sain pour un enfant de n’avoir jamais peur ». Netflix reprendra le flambeau en 2019 en sortant une série prequel, The Dark Crystal: Age of Resistance, qui conserve heureusement l’esprit d‘origine des marionnettes sans abuser des effets numériques, et qui n’hésite pas à amplifier l’horreur du film de 1982. – Charlotte Selb

POMPOKO
Isao Takahata / Japon / 1994

Cette somptueuse fable magique met en scène les tanukis, ces ratons laveurs qui sont aussi des esprits dans la mythologie japonaise, et leur combat pour préserver leur territoire, grignoté par les projets immobiliers. Débordant d’inventivité, Pompoko traite d’un sujet grave tout en étant l’un des films les plus drôles des studios Ghibli grâce au côté burlesque des tanukis, créatures fantasques et transformistes. Takahata tient ici un discours environnementaliste puissant et lucide, qui ne se généralisera dans le cinéma pour enfants américain qu’au cours de la décennie suivante. Dans sa réflexion sur la vie urbaine d’humains agissant comme des dieux tout-puissants et sur la façon dont l’oubli de la nature va dangereusement de pair avec une perte de la culture, Pompoko parvient à philosopher à hauteur d’enfant et réussit le pari de captiver les spectateurs dès un très jeune âge, sans pour autant céder au simplisme ou à un optimisme facile. – Apolline Caron-Ottavi

WHERE THE WILD THINGS ARE
Spike Jonze / États-Unis / 2009

Inspiré d’un classique de la littérature jeunesse publié en 1963, le film de Spike Jonze propose une riche réflexion sur le rôle formateur du conte et sur la manière dont l’imaginaire et le réel se nourrissent mutuellement. Brillant créateur d’images, formé à l’école du vidéoclip dans les années 1990, Jonze signe une œuvre superbe dont la facture visuelle évoque la texture émotionnelle de la nostalgie, comme si tout y relevait déjà en quelque sorte du souvenir. Tout, à commencer par l’univers du livre de Maurice Sendak lui-même. Car le film nous rappelle que la fonction même du rêve est de disparaître pour éventuellement céder sa place au monde réel. En ce sens, Where the Wild Things Are traite de la fin de l’enfance et pose sur ce sujet un regard résolument adulte. Mais il s’agit aussi d’un film sur l’âge adulte, tel que le perçoit l’enfant, un film épousant à la fois le regard de l’adulte cherchant à comprendre l’enfance et celui de l’enfant cherchant à comprendre l’âge adulte. – Alexandre Fontaine Rousseau

MA VIE DE COURGETTE
Claude Barras / Suisse, France / 2016

Quand la mère alcoolique du petit Courgette meurt, le garçon est envoyé dans un foyer pour enfants. Aux côtés d’autres orphelins, notamment la jeune Camille dont il tombe vite amoureux, il va réapprendre les notions de famille, de solidarité et d’amour. Scénarisé par la Française Céline Sciamma (on y retrouve son obsession pour l’émancipation et la rencontre amoureuse salvatrice), Ma vie de Courgette fait jaillir beauté et poésie de ses marionnettes en carton-pâte, et ne sombre jamais dans la noirceur malgré sa grande mélancolie. Si le film, filmé en stop-motion, parvient à toucher au cœur, c’est surtout grâce au ton, plein de lucidité mais aussi de douceur, qu’il emploie pour parler de thématiques aussi épineuses que le suicide, la sexualité, la maltraitance ou la misère sociale. Rarement on aura vu la fantaisie côtoyer d’aussi près ce que l’existence a de plus morbide, sauf peut-être chez Tim Burton, à qui Claude Barras emprunte à la fois la naïveté et le spleen. – Céline Gobert

CHRISTOPHER ROBIN
Marc Forster / États-Unis / 2018

Injustement passé inaperçu au milieu des innombrables dessins animés qui se veulent plus malins les uns que les autres, cette adaptation en chair et en os de Winnie l’Ourson scénarisée par Alex Ross Perry adopte le ton mélancolique du Where the Wild Things Are de Spike Jonze. Conditionné malgré lui par la société, le jeune Jean-Christophe est devenu un père et mari absent, obsédé par sa tâche ingrate de gestionnaire dans une grande entreprise prête à sacrifier ses employés pour conserver ses profits (toute ressemblance avec notre environnement actuel n’est pas accidentelle). Fidèles à l’esprit du célèbre ours paresseux, les retrouvailles inévitables seront l’occasion de mesurer le poids de l’oubli, de célébrer la puissance de l’imagination et la joie de ne rien faire. Certes, ce film Disney célèbre finalement moins une révolution à venir que le bonheur des congés payés. Mais on espère que ce petit pas pour la multinationale soit un grand pas à venir pour le cinéma pour enfants. – Bruno Dequen


7 avril 2020
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