Critiques

Continental, un film sans fusil

Stéphane Lafleur

par Gilles Marsolais

Prix du meilleur premier long métrage canadien au dernier Festival du film de Toronto et Bayard d’or du meilleur film à Namur, Continental, un films sans fusil, écrit et réalisé par Stéphane Lafleur, tisse habilement les destins de quatre personnages qui finiront par se croiser et se répondre dans un lien d’interdépendance, suite à la disparition d’un homme en forêt. Ce film atypique, qui évolue à son propre rythme, révèle un véritable auteur. Par sa maîtrise du cinéma, qui témoigne d’une réflexion concertée sur son dispositif, et notamment par sa recherche d’une lumière singulière sur le plan pictural, au diapason de l’impasse dans laquelle se trouvent ses personnages, il impose sa griffe et un univers particulier. S’il évoque quelque peu l’approche d’Aki Kaurismäki par son humour noir, ce film est davantage ancré dans la réalité dont il donne une vision éminemment personnelle, amusée et émouvante, transfigurée par les moyens du cinéma comme les personnages qui vont au-devant de leur propre vérité par la magie de la rencontre avec l’autre. Dans une séquence rigolote, un subtil déplacement de point de vue incite le spectateur à réfléchir sur son propre statut de voyeur face à ce petit monde qui se débat maladroitement pour assurer sa survie.

 


18 octobre 2007