Critiques

El Aura

Fabián Bielinsky

par Helen Faradji

Fabián Bielinsky n’aura eu le temps que de réaliser deux longs-métrages. Décédé l’année dernière, à 47 ans, le cinéaste argentin était un talent que l’on regrettera et que l’on aura sincèrement aimé fréquenter plus longtemps.

En 2000, son premier essai, Nueve Reinas, avait en effet surpris le monde du cinéma par sa roublardise maligne et son audace visuelle. Mais El Aura qui sort aujourd’hui sur nos écrans, après ses présentations aux festivals de San Sebastian et Sundance, pousse encore l’admiration plus loin.

Parenthèse initiatique dans la vie d’un taxidermiste épileptique, le film, à mi-chemin entre la fable et le thriller, explore avec finesse l’âme d’un homme auquel ses troubles désirs refusent de laisser le repos. Mais si nous refusions de nous contenter de l’explication fournie par le film (l’aura représente ces quelques secondes « atroces et superbes » précédant une crise d’épilepsie), quelle pourrait donc être cette aura que le titre du film évoque?

Celle du scénario, rusé, nous emmenant sur des chemins de traverse comme pour mieux nous surprendre au détour d’une de ses bifurcations? Un scénario faisant se côtoyer avec originalité la forêt (lieu du rite d’initiation par excellence) et le monde des truands mais qui a également l’élégance de ne jamais insister sur ses déterminations comme pour mieux se fondre dans ce qu’il observe.

Celle de son anti-héros peut-être, homme au visage las, aux traits tirés, travaillé par ses états d’âme, sa fascination pour le monde des truands et son inaptitude à la violence? Un observateur angoissé interprété avec une vraie finesse par Ricardo Darin (déjà dans Nueva Reinas), malgré une coloration musicale insistante venant parfois désamorcer la subtilité de son jeu.

Celle encore de la photographie, d’une blancheur loin d’être virginale, mouchetée de vert et créant un climat enfermant en plein air aussi singulier qu’étrange, flirtant même avec une certaine idée du fantastique en parvenant à transformer l’apparent calme des lieux en véritable tension?

Ou bien celle enfin de la mise en scène, absolument exemplaire maîtrisée, nette et précise, malgré quelques longueurs, préservant un mystère délectable grâce à sa foi affichée envers l’inimaginable puissance d’évocation du cinéma et à son sens du montage fluide?

Probablement un peu de tout cela. Une chose est néanmoins sûre : El Aura fait partie de ces films réellement envoûtants auxquels il serait dommage de ne pas se laisser prendre.

 


6 avril 2007
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