Critiques

James White

Josh Mond

par Céline Gobert

Lumières tamisées d’un club new-yorkais, beats d’un rap US en fond sonore : le décor est planté. James White, fin vingtaine, apparaît, des écouteurs sur les oreilles, hagard, un verre d’alcool à la main. Plan rapproché sur un visage en sueur. Dehors, le jour s’est déjà levé. À partir de cette séquence d’ouverture, la caméra de Josh Mond ne lâchera plus son personnage-titre d’une semelle et fixera pendant 85 minutes son regard tour à tour triste, en colère, désemparé, confronté à la disparition successive de ses deux parents.

Le film, qui se déroule de novembre à mars, débute avec la mort du père qui laisse James (incroyable Christopher Abbot) et sa mère (Cynthia Nixon) endeuillés. Bien vite, le sort s’acharne : le cancer maternel se réveille – elle mourra. Ni une copine rencontrée sur une plage en vacances (Makenzie Leigh) ni un meilleur ami patient et bienveillant (joué par le rappeur Kid Cudi) ne pourront sauver James de sa propre colère face à l’injustice de l’existence. Seul, et alors qu’il a déjà du mal à s’occuper de lui-même, le jeune homme au chômage devra accompagner sa mère, en phase terminale, jusqu’à la mort.  D’un sujet qui effraie (par crainte de misérabilisme, pathos et/ou édulcoration), Josh Mond tire une oeuvre puissante, sobre et réaliste, qui n’a pas peur de regarder la maladie, et ses conséquences, dans les yeux.

Sélectionné aux festivals de Toronto et de Locarno et auréolé d’un Prix du public au Festival Sundance Next, James White est le premier film de Mond, membre du collectif et maison de production BorderLine Films dont font également partie Sean Durkin (auteur de l’excellent Martha Marcy May Marlene) et Antonio Campos (Afterschool avec Ezra Miller). À l’instar du film de Durkin, James White s’attache à capturer l’essence d’un protagoniste à l’identité fragmentée et en pleine crise existentielle. La mort des deux parents de James résulte en un éclatement identitaire similaire à celui vécu par l’héroïne à sa sortie d’une secte. Sous tension, et terriblement isolés dans et par leur douleur, les immatures et fragiles Martha et James deviennent deux véritables bombes à retardement qui menacent à tout moment d’exploser.

Pour distiller l’angoisse d’une possible décompensation (on se souvient de Martha qui vire paranoïaque), le jeune cinéaste s’appuie notamment sur un montage acéré, particulièrement réussi, composé des sons urbains d’un New-York bouillonnant, de silences et d’expirations suivis de cris de bagarre et autres explosions verbales d’un James dont les différentes émotions (peine, colère, rage) et comportements d’autodestruction deviennent incontrôlables tant pour son entourage que pour lui-même. Vif, intimiste et sans concession, le regard que porte Mond sur ces êtres confrontés à la brutalité des tragédies reste à la parfaite hauteur et fait naître un malaise obsédant, d’une efficacité redoutable. L’étude de caractère, quant à elle, est brillante : sans complaisance, elle en dit beaucoup sur la mort, le cancer et la douleur d’y faire face.

 

La bande-annonce de James White


2 décembre 2015