Critiques

Le petit lieutenant

Xavier Beauvois

par Juliette Ruer

 

Faire du neuf avec la police française est en soi un exploit cinématographique, tant le sujet est chéri par le petit comme le grand écran en France. Xavier Beauvois (Nord, N’oublie pas que tu vas mourir) rend le flic frais. Il est allé au plus simple, au plus juste et au plus cinéma possible. Pas d’attaches au polar écrit, pas de mentor tels Maigret ou Melville (bien que Pialat ne soit pas loin), pas de piratage made in Hong Kong ou L.A. comme le 36, Quai des Orfèvres d’Olivier Marchal, pas d’hémoglobine à gros bouillons, ni de cow-boy du beretta. Ennemi du brouillon et de l’à peu près, Beauvois a dû suivre son instinct pour tracer cette histoire simple, avec aussi peu d’anecdote que possible, et dans une approche réaliste plus britannique que parigote, qui s’articule sur des plans précis, sans heurts, sans lenteurs exagérées ni raccourcis saccadés. L’absence de musique devient vite un choix heureux, aussi reposant qu’évident. Et toutes les pièces bien lisses de ce puzzle s’articulent dans la construction des personnages et dans leurs interactions.

Pas de faux pas ici, ça sonne juste à tous les étages, jusqu’aux limites de la banalité réelle.

Voila des moments non reluisants d’un commissariat de police judiciaire parisienne où un jeune lieutenant (Jalil Lespert) vient d’entrer. Avec des flics qui s’appellent collègues, qui s’invitent à dîner et qui font des planques. Débarque le commandant Vaudieu (Nathalie Baye), policière efficace qui aime la rue, la traque et l’action. Peu bavarde et ex-alcoolo, elle prend le petit lieutenant sous son aile. Beauvois (aussi acteur dans son film) a visé dans le mille au casting. Baye y a gagné un César mérité, celui d’un jeu toujours plus raffiné. Seuls ses mains et ses yeux jouent; le reste semble en béton. Un grand talent peut se permettre ce tir de précision, où l’on décèle la séduction dans un premier regard direct (avec le juge, Jacques Perrin) et le désarroi qui n’augure rien de bon en fin de course, sur une plage quand elle plonge son regard dans la caméra, façon 400 coups. Jalil Lespert est impeccable, flic jusque dans les moindres intonations et dans les plus petits gestes. De la soumission du soldat qui sort de sa promotion au chaos final.

Pour encore plus de précision, le film balance d’un personnage à l’autre, avec Roschdy Zem en pivot. Un travail d’orfèvre.

 

 


10 janvier 2007
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