LE ROI DE L’ÉVASION
Alain Guiraudie
par Gérard Grugeau
Contrairement à l’adage qui veut que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, ici tout se discute avec ardeur, que ce soit le choix d’un tracteur ou d’un partenaire sexuel. Issu de la culture ouvrière et paysanne, Alain Guiraudie a toujours privilégié un cinéma politique à l’humeur décalée, proche de petites communautés partagées entre la vie et le travail. Sous ses atours de comédie loufoque naturaliste, sise dans la campagne albigeoise plombée de soleil, Le roi de l’évasion jouit d’un même regard généreux qui interroge le vivre ensemble.
Le film raconte l’histoire d’un vendeur homosexuel de matériel agricole, adepte des haltes routières, qui traîne sa vie faite de plaisirs sans lendemain. Sa rencontre avec Curly (Hafsia Herzi), une jeune adolescente, l’amène un jour à former un couple improbable, bientôt en cavale et poursuivi par la horde des bien-pensants que leur jouissance dérange. Mais, se sentant vite menacé par le conditionnement social de la vie à deux, Armand (Ludovic Berthillot) choisira à nouveau l’évasion pour finalement trouver son bonheur au sein d’une communauté élargie.
Porté par un hédonisme jubilatoire, Le roi de l’évasion dessine la carte du Tendre d’une nouvelle utopie en marge de toute morale traditionnelle. Une utopie libertaire qui célèbre la sexualité dans tous ses états. Entre deux discussions professionnelles, le sexe reste ici source de subversion, associant allègrement orientations, âges et corps disparates à l’heure où règne la tyrannie des apparences. Chez le cinéaste, Éros éructe « Swinguez votre compagnie » et les papys toujours verts font de la résistance, braguette ouverte, dans les sous-bois aphrodisiaques. Plus délié dans l’écriture et le filmage, plus découpé et aventurier, Le roi de l’évasion marque un temps nouveau dans l’œuvre de Guiraudie. Comme si le plaisir contagieux généré par le propos s’était emparé du tournage. Glissant l’air de rien entre rêve et réalité, le film ouvre sur un espace de pur désir et de douce anarchie où notre regard sur l’autre et la vie se colore de tous les possibles. Qui s’en plaindrait ?
9 septembre 2009



