Critiques

Les anges exterminateurs

Jean-Claude Brisseau

par Fabien Philippe

À la Quinzaine des réalisateurs, Jean-Claude Brisseau reprend quant à lui le thème de l’orgasme féminin avec Les anges exterminateurs. Ici, un réalisateur nommé François (difficile de ne pas y voir le double de Brisseau) décide de monter un film sur la montée du désir chez les femmes. Comment montrer ce qui n’est pas montrable ? Comment la transgression influe-t-elle sur le désir ? Comment reconnaître la simulation de l’orgasme ? Autant de questions qui s’entremêlent dès l’étape du casting jusqu’au tournage du film.

François apprendra très vite qu’on ne peut ni désigner l’objet de sa quête ni le filmer sans exacerber du même coup les sentiments des sujets qui s’y prêtent (dévouement, puis haine des actrices choisies) ou qui suivent le projet (méfiance, puis jalousie de la femme du réalisateur). Brisseau évite ici le plaidoyer en bonne et due forme, qui montrerait l’artiste freiné dans son art par la morale ambiante, en privilégiant l’incursion surréaliste que vient renforcer le titre, évocateur de Buñuel. C’est guidé par des anges maléfiques que François accède à la vérité de son entreprise. Lors de longs plans-séquences où les jeunes filles se masturbent, fantasmagorie et voyeurisme se confondent avec une grande économie de moyens. Grâce à la multiplication des miroirs (œoeil de l’artiste, images d’essais vidéo, mise en scène dans les lieux publics), la force des pulsions se libère alors que le cinéaste brouille le jeu devant la caméra pour précipiter le flux incontrôlable de l’orgasme. Car si dans Les anges exterminateurs le sexe se veut libération sociale, il demeure aussi instrument de pouvoir.

 

 

 


12 juillet 2007