Critiques

Québec sous ordonnance

Paul Arcand

par Helen Faradji

On peut bien s’en désoler, ça n’y changera rien : il y a belle lurette que le journalisme s’est transformé. À grands coups de sensationnalisme, de scoops, de human interest, il est peu ou prou devenu au monde ce que le kraft dinner est à la haute gastronomie. Un succédané tout triste, tout mou. Ce nouveau journalisme s’est même ici, au Québec, trouvé un fier représentant : Paul Arcand.

Car ne nous y trompons pas, Québec sous ordonnance, nouveau film d’Arcand après Les voleurs d’enfance, n’est pas un documentaire. Il est plutôt un exemple de cette nouvelle façon de faire vite et choc. Rien à voir avec du cinéma. Au mieux, un long reportage TVA sans pauses publicitaires. Au pire, un survol bâclé du paysage de la santé au Québec qui n’apprend d’ailleurs rien de bien neuf.

Inutile donc de parler de mise en scène, il n’y en a tout simplement pas. Accolant plans misérabilistes, symboles de première année option bricolage et résumés approximatifs, Québec sous ordonnance voit beaucoup trop large pour son propre bien. Voulant faire un check up général de la situation, il ne donne en fait qu’un portrait fragmenté du tout, passant du coq à l’âne comme un accro en manque de sensations.

Les pressions des industries pharmaceutiques, le coût des médicaments, les erreurs médicales, les médicaments achetés sur internet ou dans la rue, tout y passe donc sans jamais oublier ce bon vieux principe : montrons les conséquences, avec plein de gros morceaux de pathétique dedans, ça nous évitera d’avoir à nous pencher sur les causes. Et surtout, mettons tout au même niveau, sans priorité : le doc Mailloux, le ministre Couillard, la pauvre gamine à qui on donne par erreur une surdose de potassium. L’important : secouer le bon monde en faisant pleurer matante dans les chaumières. C’est encore ce qui marche le mieux.

La tentation serait grande de faire de Paul Arcand notre Michael Moore. Les collages et le cynisme s’y ressemblent, il est vrai. Mais Arcand, lui, n’a ni le sens de l’humour de Moore, ni son sens de l’efficace. Il a par contre le sens de télé. On n’y gagne vraiment pas au change.


4 octobre 2007