Critiques

Tel père, tel fils

Hirokazu Kore-eda

par Jacques Kermabon

Avec Tel père, tel fils, Hirokazu Kore-eda nous prend tendrement par les sentiments. La trame narrative – la découverte par deux familles que leurs fils âgés de six ans ont été échangés par erreur à la naissance – et le schématisme des oppositions – entre un foyer fortuné et glacial et l’autre pauvre mais chaleureux – demeurant assez attendue, notre attention et toute la saveur du film se déportent sur les affects que la situation ébranle et les interrogations qu’elle induit.

Si la question des liens du sang a offert des ressorts inépuisables aux mélodrames et aux comédies, sans doute est-ce qu’elle n’a jamais cessé de titiller la psyché parentale. Quand le père, architecte débordé et pressé, interprété par Masaharu Fukuyama, star de la chanson au Japon et vedette d’une série très populaire, Détective Galileo, apprend la substitution, une formule impardonnable lui échappe : « Tout s’explique donc ». Il trouve ainsi la justification de la déception que lui inspirait le fils qu’il avait élevé, jamais à la hauteur de ses exigences. Comment faire dès lors pour rétablir sans trop de dommage l’ordre des choses qui a volé en éclats à cause d’une erreur de l’hôpital ?

Le terreau de ces tensions est d’autant plus fertile qu’il ouvre sur une infinité de questions sans réponse autour des poids respectifs de l’éducation et de l’hérédité. Que signifie être le père de son enfant ? Lui offrir plus que le nécessaire et lui faire donner des cours de piano importe-t-il plus que le temps passé avec lui ? En même temps, on sent bien assez vite vers quoi notre cœur balance. Kore-eda échappe de peu au lénifiant grâce à la qualité de l’interprétation – on ne se lasse pas du petit fils de riche – et aux nuances et au tact avec lesquels il nous fait partager les intimités familiales et tous les tourments qui les assaillent.

Il se murmure que Steven Spielberg aurait manifesté son souhait d’acquérir les droits du film de Kore-eda pour en réaliser un remake aux États-Unis.

Critique parue initialement dans le numéro 164 de la revue 24 Images.

La bande annonce de Tel père, tel fils
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10 avril 2014