DVD

Épopée – L’état du moment

Numéro : 155
DVD offert avec la version papier pour les abonné.e.s, ou lors de l'achat du numéro sur notre boutique en ligne : Le cinéma chinois d’aujourd’hui : la recherche du réel

Épopée ou la création anomyme

par Marie-Claude Loiselle

 

C’est pendant le tournage d’Hommes à louer (2008), documentaire qui donnait voix à onze jeunes hommes pratiquant la prostitution dans le quartier Centre-Sud à Montréal, que Rodrigue Jean, le réalisateur, et deux des participants ont compris qu’ils devaient poursuivre ce travail commun mais que, dans la perspective d’un véritable projet collectif, il devenait nécessaire d’en passer par la fiction. C’est ainsi que depuis deux ans des ateliers d’écriture de scénario, coordonnés par Rodrigue Jean, ont lieu deux fois par semaine, ayant mené à ce jour à la réalisation de huit fictions et autant de « trajets » documentaires réunis sous le titre Épopée. Une dizaine de films encore en cours de tournage seront visibles dans les prochains mois. Derrière ce désir de création collective se trouve aussi la volonté de réunir une communauté marginalisée et une équipe de jeunes techniciens chargés de réaliser ces films, pour qui cette expérience hors norme devient aussi un atelier de formation – Rodrigue Jean assume la direction d’acteurs et Mathieu Bouchard-Malo le montage des fictions, les documentaires étant, quant à eux, entièrement pris en charge par cette équipe de tout jeunes cinéastes.

S’il est possible de visionner les films en ligne (epopee.me), on retrouve aujourd’hui les fictions assemblées sous la forme d’un long métrage, accompagnant la présente parution de 24 images et qui sera également présenté par Dazibao à la salle Fernand-Seguin de la Cinémathèque québécoise du 12 janvier au 4 février 2012 (projection en continu d’une version comportant quelques nouveaux segments : Épopée – L’état des choses).

Nous proposons ici d’éclairer cette production particulière par quelques textes, dont une carte blanche offerte à Rodrigue Jean et à l’équipe d’Épopée. Les citations qui figurent dans cette carte blanche exposent quelques-unes des préoccupations à l’origine du projet : l’idée de communauté, de « documenter des vies sans images » qui s’organisent aujourd’hui dans des zones de non-droit au cœur même de nos villes, de mettre en place une pratique de l’image qui permette de déployer « en figures nouvelles l’expérience de ceux qui ont été relégués à la marge des circulations économiques et des trajectoires sociales », comme il y est souligné. Il s’agit d’un projet passionnant qui contribue à la « construction des formes sensibles de la vie collective » (Rancière) plus que jamais nécessaires.

 


22 août 2013