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Fantasia 2021 – Blogue no. 1

par Olivier Du Ruisseau

Alors que l’an dernier, 24 Images entamait sa couverture du festival Fantasia sous le signe de la déception – déception vis-à-vis l’annulation des projections en salles et la perte de l’ambiance qui fait la réputation de l’événement –, cette nouvelle mouture s’ouvre avec beaucoup plus d’optimisme.

Pandémie oblige, le festival demeure hybride, mais près d’une vingtaine de projections peuvent avoir lieu en salle. Ce qui fait environ vingt fois plus que l’an dernier. « C’était très émouvant de voir des gens qui ne s’étaient pas vus depuis deux ans se retrouver juste avant le film », a déclaré Marc Lamothe lors de la soirée d’ouverture du jeudi 6 août.

D’ailleurs, Brain Freeze, le long métrage du réalisateur montréalais Julien Knafo qui était présenté pour l’occasion, faisait clairement écho au contexte politique et sanitaire dans lequel était lancé ce 25e Fantasia, tout en présentant des qualités surprenantes pour un film de zombie emblématique de l’événement… De quoi satisfaire les cinéphiles rassemblés à l’Impérial, avides de sanglants rebondissements.

En effet, Brain Freeze dépeint une apocalypse de zombies qui éclate dans une petite île de banlieue en bordure d’une grande ville jamais nommée, mais présentant des caractéristiques similaires à Montréal, comme une Île des Soeurs sous stéroïdes, peuplée de monster houses immondes. Des critiques sociales de toutes sortes s’y entremêlent, en passant par un clin d’œil à la crise migratoire, un regard critique sur les médias – Simon Olivier-Fecteau y joue un excentrique animateur de radio poubelle tristement vraisemblable –, et une parodie de survivaliste incarnée par Roy Dupuis. Ce dernier tient l’un des rôles principaux du film, celui d’un homme venant malgré lui à la rescousse des habitants de l’Île.

Si cet amalgame de genres et de propos pourrait sembler décousu, Brain Freeze n’en demeure pas moins cohérent et amusant. Son ton humoristique fait même pardonner son utilisation parfois abusive de clichés propres aux films de zombies et complémente habilement sa dimension politique.

Questionné sur les parallèles évidents entre Brain Freeze et la situation du Québec pendant la pandémie – il est notamment question de virus, de mesures de quarantaine, ou encore de points de presse du gouvernement dans le film –, Julien Knafo se défend d’avoir mis au monde un film pandémique: « Je n’ai pas essayé de suivre la réalité, c’est elle qui m’a suivie », a-t-il dit, puisqu’il a travaillé sur le film pendant cinq ans, et que le tournage s’est terminé en mars 2020.

En plus des projections en salles, ce deuxième Fantasia hybride comprend aussi des films en ligne sur demande, disponibles sur toute la durée de l’événement ou pendant plusieurs jours, ainsi que des présentations en ligne à heures fixes, comme ce fut le cas pour la plupart des films l’an dernier. Parmi les films en ligne à heures fixes présentés lors des premiers jours du festival, Ultrasound, un autre premier long-métrage, cette fois de Rob Schroeder, avait de quoi retenir l’attention.

Lors de la soirée d’ouverture, Mitch Davis, directeur artistique de Fantasia, a fièrement affirmé que son festival se tournait d’année en année vers des premiers films, vers plus de risques, parce que son public était toujours au rendez-vous et qu’il aimait se faire surprendre.

Ultrasound s’impose justement comme une œuvre surprenante qui ne risque de plaire qu’au public aguerri de Fantasia, pour le meilleur et pour le pire. Ce thriller surréaliste énigmatique raconte les histoires emmêlées d’un homme rescapé après un accident de voiture, d’une femme obnubilée par une relation amoureuse trouble, et d’une scientifique aux recherches douteuses. Bien que sa structure narrative puisse porter à confusion, l’ambiance mystérieuse d’Ultrasound, portée par une trame sonore électronique angoissante et des performances déconcertantes, vaut qu’on s’y attarde; surtout si on aime les univers de David Cronenberg ou de Charlie Kaufman.

Du côté des films en ligne sur demande, l’offre est heureusement très variée et donne lieu à de belles découvertes. It’s A Summer Film!, drame romantique japonais de Soushi Matsumoto frôlant la science-fiction, incarne tout particulièrement l’essence du festival Fantasia. Lettre d’amour au cinéma japonais et à la cinéphilie au sens large, on y rencontre Hadachi, alias Barefoot, jeune cinéphile amatrice de chanbaras (films de samouraïs) et de jidaigekis (drames historiques). Avec ses acolytes, elle décide de réaliser son propre film, déçue de son club de cinéma parascolaire. Ce film attendrissant offre un regard cinéphile intérieur unique sur la culture cinématographique japonaise.

Aussi sur demande, Strawberry Mansion d’Albert Birney et de Kentucker Audley s’avère encore plus intéressant pour l’originalité de sa démarche formelle qui peut faire penser aux  mises en scène de Guy Maddin ou de Matthew Rankin. Il s’agit de l’épopée fantastique et comique d’un fonctionnaire d’un gouvernement fictif, dont le travail consiste à étudier les rêves des citoyens, alors qu’il rend visite à une vieille dame qui possède des années de rêveries enregistrées sur VHS. Avec une mise en scène colorée qui alimente ses observations sur les rêves, Strawberry Mansion est un autre charmant film de Fantasia, qui inspire et philosophe sans trop se prendre au sérieux.

 

 

 

 


8 août 2021